Le Sceau des Prophètes

Muhammad, Homme et Prophète (Muhammad : Sceau des prophètes)

Muhammed
Sceau des Prophètes

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La vie de Muhammad

La vie de Muhammed

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La prédication devient publique

 

Pendant trois ans, un peu plus peut-être, le Prophète Muhammad poursuivit ses efforts pour propager l'islam dans la plus grande discrétion, comme Dieu le lui avait ordonné. Mais le moment était venu de passer à une nouvelle étape : il reçut l'ordre de prêcher publiquement. Cet ordre est mentionné dans le Coran : « Dis : "Je suis l'avertisseur explicite." » (15.89) « Proclame donc hautement les ordres que tu as reçus et détourne-toi des idolâtres ! » (15.94) Un autre verset lui dit : « Avertis les gens qui te sont les plus proches, et sois bienveillant à l'égard des croyants qui te suivent. » (26.214-215)

Les ordres étaient clairs, et il ne tarda pas à les exécuter. Comme il devait le montrer durant toutes les années de sa mission prophétique, Muhammad n'hésitait jamais à accomplir tous les commandements qu'il recevait de Dieu, tant dans leur lettre que dans leur esprit. C'est pourquoi, en réponse à cet ordre, il se tint debout au sommet d'as-Safâ, une petite colline du centre de La Mecque proche de la Ka'ba, et appela d'une voix forte tous les clans arabes de La Mecque, les nommant l'un après l'autre et les invitant à venir l'écouter.

À cette époque et dans cette cité, c'était le plus sûr moyen de répandre une nouvelle. Très vite, chacun sut à La Mecque que Muhammad avait quelque chose d'important à annoncer. Les gens affluèrent de tous les quartiers de la ville. Lorsqu'ils se furent rassemblés autour de la colline, Muhammad leur posa cette question : « Si je vous informais qu'une cavalerie allait surgir au pied de ce mont pour vous attaquer, me croiriez-vous ? » Ils répondirent : « Tu es digne de confiance, et nous ne t'avons jamais vu mentir. » Il poursuivit alors : « Je suis là pour vous avertir au-devant d'un terrible châtiment. »

Le cheikh Abu al-Hasan Alî al-Hasanî Nadwî fait remarquer que la première réaction des Arabes à La Mecque était la preuve de leur attitude réaliste et pratique. Ils répondaient à l'appel d'un homme qu'ils connaissaient comme honnête et franc et qui donnait toujours des conseils sincères. Il se tenait au sommet d'une colline d'où il pouvait voir ce qui était derrière. Eux-mêmes, de là où ils se trouvaient, ne voyaient pas au-delà de leur vallée. Ils n'avaient aucune raison de ne pas le croire, quoi qu'il dise. C'était une entrée en matière naturelle qui garantissait une réaction favorable de ses auditeurs en soulignant la fiabilité de Muhammad, qui était bien connue de tous.

Quant à l'annonce du Prophète qu'il était là pour avertir au-devant d'un terrible châtiment, le cheikh Nadwî ajoute qu'elle exprime la position d'un prophète qui connaît la réalité des choses, au-delà de ce que les gens ordinaires peuvent voir ou comprendre. C'était un avertissement associant une intelligence parfaite à la plus grande lucidité. C'était la manière la plus directe de frapper l'esprit de ses auditeurs.

Le Prophète poursuivit son avertissement, s'adressant à tour de rôle à chaque clan de Quraysh en disant : « Dieu m'a ordonné d'avertir mes proches parents. Il n'est pas en mon pouvoir de vous apporter le moindre avantage en cette vie, ni le moindre bienfait dans la vie future, si vous ne croyez pas en l'unicité de Dieu. Gens de Quraysh, sauvez-vous de l'Enfer, car je ne peux rien pour vous. Je suis dans la position de quelqu'un qui, voyant l'ennemi, court avertir les siens avant qu'ils ne soient pris par surprise, en leur disant : "Attention ! Attention !" »

Les Mecquois furent pris de court. Ils ne s'attendaient pas à un avertissement si clair et si direct. Ce fut néanmoins l'oncle du Prophète, Abu Lahab, qui lui répondit de la façon la plus dure et la plus hostile : « Que tu périsses ! N'est-ce que pour cela que tu nous as appelés ici ? » Cela encouragea d'autres membres de l'auditoire à adopter une attitude ouvertement hostile. Certains écartèrent l'avertissement du Prophète comme un mensonge, d'autres l'invectivèrent. Pas une voix ne s'éleva pour l'approuver, et ils eurent tôt fait de se disperser.

Une attitude hostile

Cet incident dut être fort douloureux pour le Prophète . Tandis que les gens partaient, il restait seul sur la colline, se retrouvant désormais face au monde entier sans aucun soutien humain à part les quelques dizaines de personnes qui avaient répondu favorablement à son appel. Il comprenait que devant lui s'ouvrait une lutte difficile où il aurait peut-être à combattre les proches qui lui étaient les plus chers.

Dans le contexte de la société tribale de l'époque, une telle situation était certainement très pénible pour Muhammad. Il savait bien néanmoins qu'en tant que messager chargé d'une grande mission, il ne devait pas se préoccuper d'amitiés ni de liens sociaux puisque sa mission devait passer avant toute autre considération et avant tous les critères humains. Cependant, ce qui se produisit pendant ces quelques moments sur la colline d'as-Safâ était un événement historique particulièrement marquant. Il faut se rappeler que, bien que le Prophète ait fait là la première annonce publique de sa mission, les gens de La Mecque se rendaient compte qu'une nouvelle philosophie se propageait parmi eux. Toutefois, ils n'étaient pas conscients des objectifs et des intentions du Prophète et de ses premiers partisans.

Ce fut cette déclaration sur la colline d'as-Safâ qui leur fit comprendre l'ampleur de la nouvelle prédication. L'objectif était de modifier radicalement la vie de la société arabe : ses valeurs et ses normes, ses pratiques, son orientation tout entière. Le Prophète avait fait comprendre à ses concitoyens qu'ils devraient changer toute l'organisation de leur société s'ils voulaient plaire à Dieu : c'est pourquoi leur opposition fut si violente.

Il faut un grand courage pour remettre en cause une idée ou une tradition sociale établie. Les gens n'aiment généralement pas qu'on leur dise qu'ils ont tort, en particulier lorsqu'il s'agit d'habitudes et de traditions ancrées depuis longtemps. Par conséquent, tout appel au changement ne peut que susciter l'opposition, du moins au début. C'est pourquoi les partisans du changement social préfèrent souvent que les changements qu'ils revendiquent paraissent modérés et progressifs.

Le Prophète voulait aussi transmettre son message à ses proches parents. Comme nous l'avons dit, il appliquait toujours les ordres de Dieu tant dans leur lettre que dans leur esprit. Lorsqu'il appela tous les clans de La Mecque pour s'adresser à eux du haut de la colline d'as-Safâ, il appliquait l'ordre divin en considérant que « les gens qui te sont les plus proches » désignait l'ensemble des Quraysh. Comme l'expression pouvait aussi être comprise dans un sens plus restreint, le Prophète réfléchit à la manière de présenter à ses proches parents sa nouvelle foi, qui constituait le seul moyen dont disposaient les hommes pour échapper au malheur dans cette vie et à un malheur plus grand encore dans l'au-delà.

Il craignait cependant que son oncle Abu Lahab ne fasse tout son possible pour faire échouer ses efforts. Abu Lahab, dont le véritable nom était Abd al-'Uzza ibn Abd al-Muttalib, était connu sous son surnom qui signifie « père d'une flamme » en raison de son teint éclatant et de ses joues rouges. Il était très riche et avait l'esprit étroit : il pensait que les traditions d'Arabie devaient toujours être suivies par tous. Il se fâchait très vite dès que quelqu'un mettait en cause les traditions et les pratiques héritées des ancêtres. Toute critique des croyances païennes ne manquerait pas d'être traitée par Abu Lahab comme un outrage intolérable.

Témoigner de sa foi

Devant la probabilité qu'Abû Lahab lui poserait des problèmes, le Prophète préféra réunir à part ses proches parents pour leur parler dans une ambiance détendue. Il les invita donc à un repas qui rassembla quarante de ses oncles et de ses cousins au premier, deuxième ou troisième degré. Le repas terminé, le Prophète s'apprêtait à prendre la parole lorsque l'initiative lui fut ravie par Abu Lahab lui même, qui dit :

Ce sont là tes oncles et tes cousins. Tu peux leur parler, mais tu dois abandonner toute apostasie. Ne te détourne pas de la foi de ton peuple, et n'expose pas les tiens à la colère des Arabes. Ton peuple ne peut pas faire face à l'opposition de la nation arabe tout entière et ne saurait l'affronter à la guerre. Tes concitoyens savent que tu veux faire des inventions dans leur religion. Ils n'ont pas été inattentifs à ce que tu fais ni à ce que tu prêches : une rébellion contre la religion et les traditions héritées de nos ancêtres. Alors, prends garde à toi et à la descendance de ton père. Assurément, les Arabes ne te laisseront pas faire, et il ne leur sera pas difficile de te tuer. Il vaut mieux pour toi que tu reviennes à la religion de tes pères et de tes aïeux. Autrement, nous serons obligés de t'emprisonner jusqu'à ce que tu sois guéri de la maladie dont tu souffres afin de t'éviter d'être attaqué par les Arabes. Il vaut mieux que nous nous occupions de toi jusqu'à ce que tu aies recouvré tes esprits et que tu sois guéri de ton mal. Il vaudra assurément mieux que les descendants de ton père s'occupent de toi et te retiennent prisonnier si tu persistes dans ce que tu fais. Ce sera plus facile pour toi comme pour eux qu'une attaque d'autres clans de Quraysh soutenus par d'autres Arabes. Jamais je n'ai entendu parler de quelqu'un qui ait fait plus de tort que toi aux descendants de son père.

Abu Lahab était très excité, assenant ces paroles d'un ton menaçant. Ses joues étaient rouges de colère et lorsqu'il eut fini de parler, il tremblait sans pouvoir se contrôler. Le Prophète regarda autour de lui : tout le monde était silencieux, l'ambiance était sombre et triste. Voyant cela, il ne dit rien. L'emploi par Abu Lahab de l'expression « les descendants de ton père » appartient à un usage alors fréquent dans la société tribale arabe. Le père du Prophète, Abdullâh, n'avait pas eu d'autre enfant que lui. On se rappelle que Abdullâh n'était marié que depuis deux mois environ lorsqu'il partit pour la Syrie et qu'il mourut sur le chemin du retour.

Le mot « père » ne désigne donc pas ici le géniteur direct, mais le grand-père ou l'aïeul qui a donné son nom au clan. Par conséquent, « les descendants de ton père » signifie le clan tout entier, jusqu'aux cousins au second ou au troisième degré. Après avoir laissé les choses se calmer pendant quelques jours, le Prophète invita à nouveau ses oncles et ses cousins. Une ou deux tantes du Prophète suggérèrent qu'il ne devrait pas inviter Abu Lahab cette fois, mais après avoir bien réfléchi, il décida de l'inviter quand même.

D'une part, Abu Lahab habitait juste à côté de lui et il ne pouvait pas le laisser à l'écart alors qu'il invitait ses cousins au second ou au troisième degré. D'autre part, Abu Lahab pourrait être tenté de semer la discorde s'il était laissé à l'écart. Mais la raison la plus importante était sans doute que le Prophète ne désespérait jamais de voir même un ennemi déclaré changer d'avis. Abu Lahab fit donc partie des invités du Prophète.

Cette fois, néanmoins, le Prophète prit lui-même l'initiative et s'adressa à ses invités dès qu'ils eurent fini de manger. Il leur dit :

Louange à Dieu ! Je Le loue, je recherche Son secours, je crois en Lui et je place ma confiance en Lui. Je témoigne qu'il n'y a pas d'autre divinité que Dieu, l'Unique, sans associé. Un précurseur ne ment pas à son peuple. Si je devais mentir à l'humanité tout entière, je ne vous mentirais pas à vous. Par Dieu qui est la seule divinité, je suis le Messager de Dieu, pour vous en particulier et pour l'humanité entière. Il m'a ordonné de vous appeler à croire en Lui, en me disant : « Avertis les gens qui te sont les plus proches. » Je vous appelle à prononcer deux paroles faciles à dire mais qui pèsent lourd dans la balance de Dieu : à témoigner qu'il n'y a pas d'autre divinité que Dieu et que je suis Son messager. Par Dieu, vous mourrez comme vous dormez, et vous serez ressuscites comme vous vous réveillez : alors, vous aurez à rendre compte de vos actes, vous serez récompensés pour le bien que vous aurez fait et châtiés pour le mal. Ce sera le Paradis pour toujours ou l'Enfer pour toujours. Enfants de Abd al-Muttalib, par Dieu, je sais que nul n'a rien apporté de meilleur à son peuple que ce que je vous apporte. Je vous offre le bonheur dans ce monde et dans la vie future. Qui répondra à mon appel et m'aidera à le transmettre ?

Abu Tâlib, l'oncle du Prophète qui s'était occupé de lui depuis son enfance, le noble vieillard du clan hachémite, dit alors : « Nous aimons assurément t'aider, et nous acceptons certes tes conseils et croyons ce que tu as dit. Les descendants de ton père sont réunis ici, et je ne suis que l'un d'entre eux, quoique le plus rapide à te faire une réponse favorable. Fais ce qui t'a été ordonné, et je m'engage à continuer de te donner mon soutien et ma protection. Cependant, il m'est difficile d'abandonner la foi de Abd al-Muttalib. »

Ce fut peut-être cette réponse d'Abû Tâlib, plus encore que les paroles du Prophète , qui mirent Abu Lahab en colère. Furieux, il s'écria : « Quelle honte ! Arrêtez-le avant que quelqu'un d'autre ne l'arrête. Si l'on en arrive là et que vous l'abandonnez, vous serez couverts de honte ; et si vous essayez de le protéger vous serez tous tués. » Il y eut apparemment d'autres paroles vives d'Abû Lahab, qui ne pouvait contenir sa colère. Abu Tâlib, cependant, persista dans son attitude positive. Tous ceux qui étaient présents penchaient pour la position d'Abû Tâlib, comprenant que leur devoir était de protéger Muhammad et que l'abandonner serait exposer leur clan à la honte. Abu Lahab, par contre, sortit furieux, proférant des menaces et jurant de faire tout ce qu'il pourrait pour empêcher son neveu d'accomplir sa mission et de changer la religion des Quraysh.

Ces incidents nous aident à comprendre les forces qui étaient en jeu dans la société arabe. Abu Lahab, le conservateur, le dignitaire coléreux, ne prit pas une minute pour considérer le mérite de ce que proposait son neveu, le Prophète Muhammad . Il considérait toute la question du point de vue étroit de ce qui allait probablement en résulter pour le clan des Hâshim et plus étroitement encore pour sa branche des Abd al-Muttalib. De cette perspective restreinte, la prédication de Muhammad représentait un désastre pour son peuple.

Abu Lahab ne voulait pas regarder plus loin. Il considérait que son devoir et celui de tous les enfants et petits-enfants de Abd al-Muttalib était d'empêcher Muhammad de poursuivre sa prédication. Au contraire, son frère aîné Abu Tâlib, plus sage, considérait son devoir tribal d'une autre perspective. Son neveu Muhammad n'avait aucune mauvaise intention et n'appelait à rien de mal. Il ne faisait que défendre une idée. Si cette idée devait susciter une opposition, eh bien soit. Les Hachémites, et en particulier le clan plus restreint des Abd al-Muttalib, n'avaient pas d'autre choix que de soutenir Muhammad qui était l'un des leurs.

Après tout, les tribus arabes avaient fait des guerres longues et violentes pour protéger ou défendre leurs membres pour des motifs bien moindres que celui-là. Même lorsqu'un membre d'une tribu commettait un crime, ses contribules le protégeaient. Abu Lahab persista dans son hostilité. Il prit des mesures immédiates pour montrer qu'il désavouait son neveu. Ses deux fils, 'Utba et 'Utayba, étaient mariés à deux filles du Prophète , Ruqayya et Umm Kulthûm. Il ordonna à ses fils de répudier les filles du Prophète et ils obéirent. Ces deux filles du Prophète furent ensuite, l'une après l'autre, les épouses de 'Uthmân ibn Affân.

Dans son hostilité envers le Prophète et l'islam, Abu Lahab avait le soutien de sa femme, Umm Jamîl Arwa bint Harb, la soeur d'Abû Sufyân - celui-là même qui allait par la suite prendre la tête des Quraysh dans leur opposition acharnée à l'islam, jusqu'à ce que le Prophète prenne La Mecque et que la population adhère à la nouvelle religion. Umm Jamîl était peut-être encore plus hostile au Prophète que son mari. Elle le ridiculisait et lui jetait de la poussière et des objets nuisibles ; elle composait des chansons insultantes sur lui et les chantait à diverses occasions.

L'hostilité et l'opposition active d'Abû Lahab et de sa femme à la cause de l'islam et leurs insultes au Prophète leur valurent une condamnation de Dieu Lui-même : dans une sourate brève mais éloquente du Coran, Abu Lahab est mentionné par son nom et sa femme et lui sont avertis du châtiment qui les attend. On peut traduire cette sourate comme suit : « Périssent les mains d'Abû Lahab, et qu'il périsse lui-même ! Toutes ses richesses et tout ce qu'il a acquis ne lui auront à rien servi, quand il sera, dans un Feu aux flammes ardentes, précipité, ainsi que sa femme, la porteuse de fagots, qui sera traînée, une corde rugueuse au cou. » (Coran 111)

Certes, le Prophète avait rencontré une réaction hostile lorsqu'il avait proclamé son message du haut de la colline d'as-Safâ. Certes, il s'était heurté à un oncle arrogant qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Néanmoins, l'effet de cette proclamation fut immense. Dans chaque maison de La Mecque, on parlait du nouveau message et de ce qu'il allait changer dans la vie des Arabes.

La présence du noyau d'une communauté de croyants permettait aux Mecquois de prendre à peu près la mesure des implications de la nouvelle prédication. Ils se rendaient compte que le changement qu'elle ne manquerait pas de susciter serait radical. C'est pourquoi les notables de La Mecque ne tardèrent pas à se réunir en conseil pour discuter des mesures à prendre.

La plainte des Quraysh

Il faut reconnaître, pour leur faire justice, que les chefs de La Mecque n'entreprirent pas d'action particulière contre le Prophète les premiers temps. Cependant, lorsqu'il se mit à critiquer leurs croyances païennes et à ridiculiser leurs idoles, ils commencèrent à se dire que l'affaire était trop sérieuse pour être ignorée. Ils ne pouvaient toutefois pas faire grand-chose, car Abu Tâlib protégeait son neveu contre toute menace. S'ils avaient ignoré cette protection, les chefs mecquois auraient contrevenu à l'une des conventions fondamentales de leur société.

Par conséquent, ils envoyèrent une délégation composée de personnages parmi les plus influents de La Mecque se plaindre à Abu Tâlib du comportement de son neveu. Cette délégation comprenait deux frères, 'Utba et Shayba, fils de Rabî'a du clan de Abd Shams ; Abu Sufyân Sakhr ibn Harb, des Umayyades ; Abu al-Bakhtarî al-As ibn Hishâm et al-Aswad ibn al-Muttalib des Asad ; Abu Jahl Amr ibn Hishâm et al-Walîd ibn al-Mughîra des Makhzûm ; les deux frères Nabîh et Munabbih, fils d'al-Hajjâj, ainsi qu'ai-As ibn Wâ'il, des Sahm.

Ils exprimèrent clairement leur plainte à Abu Tâlib et lui donnèrent le choix entre dire lui-même à Muhammad de ne pas critiquer leurs coutumes ni ridiculiser leurs idoles, ou leur permettre de prendre les mesures qui leur sembleraient nécessaires pour mettre un terme au problème. Abu Tâlib, qui suivait toujours la religion des siens, leur tint des propos apaisants, sans toutefois leur promettre grand-chose.

Le Prophète continua néanmoins à prêcher son message. La crise l'opposant à son clan s'intensifia. Des sentiments hostiles se généralisèrent. La délégation retourna alors voir Abu Tâlib et lui dit : « Abu Tâlib, tu jouis parmi nous d'une position honorable et respectable. Nous t'avons demandé de mettre un terme au comportement de ton neveu, mais tu n'as rien fait. Nous ne pouvons pas nous contenter de rester sans rien faire pendant qu'il continue à dire du mal de nos ancêtres et à nous ridiculiser ainsi que nos dieux. Tu dois le faire cesser, ou bien nous vous combattrons, lui et toi, à ce sujet jusqu'à ce que l'une ou l'autre des parties soit anéantie. »

Abu Tâlib était face à un dilemme. Il ne souhaitait pas se disputer avec les siens, mais ne pouvait pas supporter d'abandonner son neveu. Il appela alors Muhammad et lui expliqua ce qui s'était passé entre lui-même et ses visiteurs. Puis il lui dit : « Tu vois la difficulté de ma situation. Ne mets pas ma vie et la tienne en danger, et ne m'impose pas une charge que je ne pourrais supporter. »

Le Prophète , pensant sans doute que son oncle envisageait de lui retirer sa protection, affirma sa propre position le plus emphatiquement possible : « Mon oncle, s'ils plaçaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche pour qu'en échange j'abandonne ma mission, je ne le ferais pas, jusqu'à ce que Dieu fasse triompher ce message ou que je trouve la mort. » L'émotion du Prophète était si forte qu'il avait les larmes aux yeux. Il allait pour partir, mais son oncle le rappela et lui dit, rassurant : « Mon neveu, tu peux aller dire ce que tu voudras. Je ne te retirerai jamais ma protection et je ne t'abandonnerai jamais. »

Le Prophète, heureux du soutien de son oncle, continua à prêcher son message sans se laisser impressionner par l'opposition des Quraysh. Ces derniers, toutefois, sentant que leurs démarches auprès d'Abû Tâlib n'avaient produit aucun résultat positif, commencèrent à réfléchir à d'autres mesures. Les plus radicaux des chefs de La Mecque étaient en train de prendre le dessus.