Le Sceau des Prophètes

Muhammad, Homme et Prophète (Muhammad : Sceau des prophètes)

Muhammed
Sceau des Prophètes

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La vie de Muhammad

La vie de Muhammed

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De généreux cadeaux à de vieux ennemis

 

Comprenant qu'un siège prolongé de Tâif ne produirait pas les résultats escomptés, le Prophète ordonna à ses troupes de lever le camp. En outre, certains éléments de l'armée musulmane étaient sans doute fatigués après cette longue campagne. Certains avaient peut-être aussi hâte de recevoir leur part du butin gagné contre les Hawâzin. Le départ de Tâ'if pour La Mecque annonçait que le partage du butin était proche. Le Prophète avait envoyé tout le bétail et les autres biens remportés par l'armée musulmane à al-Ji'râna. Il s'y dirigeait maintenant lui même pour partager les dépouilles de guerre entre ses compagnons comme à l'habitude. Les musulmans avaient pris aux Hawâzin des richesses considérables.

De vieilles hostilités disparaissent

Quand le Prophète arriva à al-Ji'râna, il y fut rapidement rejoint par une délégation des Hawâzin. De nombreux membres des Hawâzin étaient désormais musulmans. Ces délégués lui dirent : « Messager de Dieu, nous sommes tes contribules et ton clan. Tu sais quelle calamité nous a frappés. Nous t'adjurons de te montrer clément envers nous, que Dieu te comble de Sa grâce. » Leur porteparole, Zuhayr ibn Sarad, dit au Prophète : « Messager de Dieu, parmi ces femmes que vous détenez en captivité, certaines sont vos tantes et certaines ont été vos nourrices quand vous étiez petits. Si nous avions été unis par de tels liens au roi des Ghassan de Syrie ou au roi d'al-Manâdhira en Irak, et qu'une telle calamité nous avait été infligée par eux, nous aurions quand même espéré de l'indulgence de leur part. Quant à toi, Messager de Dieu, tu es le plus à même de faire preuve de bonté en retour. »

(L'allusion aux tantes du Prophète de la tribu des Hawâzin fait référence au fait que lorsqu'il était petit, le Prophète avait été pris en nourrice par Halîma, qui appartenait aux Sa'd, un clan des Hawâzin.)

Le Prophète leur demanda ce qu'ils aimaient le plus, leurs femmes et leurs enfants ou leurs biens. Ils répondirent : « Messager de Dieu, tu nous donnes à choisir entre nos familles et nos biens ? Nos femmes et nos enfants nous sont assurément plus chers. » Le Prophète leur dit : « Ma propre part et celle de mon clan, les 'Abd al-Muttalib, sont à vous. Quand j'aurai terminé la prière en commun, levez-vous et dites : "Nous adjurons les musulmans par le Messager de Dieu, nous adjurons le Messager de Dieu par les musulmans, de libérer nos femmes et nos enfants," Quand vous aurez fait cela, je vous donnerai ce que je pourrai et je demanderai aux autres de vous donner aussi ce qu'ils pourront. »

Lorsque le Prophète eut terminé la prière en commun, tous les musulmans étant réunis pour prier avec lui, la délégation des Hawâzin se leva et dit ce que le Prophète lui avait dit de dire. Le Prophète expliqua aux musulmans que les Hawâzin s'étaient repentis de leur attitude antérieure et étaient devenus musulmans. Il dit également aux Hawâzin : « Ma propre part et la part du clan des 'Abd al-Muttalib sont à vous. »

Les muhâjirûn dirent : « Notre part appartient au Messager de Dieu. » Les ansâr en firent autant. Al-Aqra' ibn Hâbis, le chef de la tribu des Tamîm, dit quant à lui : « Ma tribu et moi, nous refusons. » La même attitude fut exprimée par 'Uyayna ibn Hisn, le chef de la tribu des Fazâra, et al-'Abbâs ibn Mirdâs, celui de la tribu des Sulaym. Certains membres des Sulaym s'opposèrent toutefois au choix de leur chef et dirent : « Nos parts appartiennent au Messager de Dieu. » Al-Abbâs ibn Mirdâs, mécontent de ses contribules, leur dit : « Vous m'avez abandonné. »

Il en résulta une situation où des femmes et des enfants des Hawâzin étaient toujours en captivité. Selon les règles et les traditions en vigueur à l'époque, ils devaient devenir esclaves. Or, le Prophète n'aimait pas du tout cela. D'une part, l'esclavage en général lui déplaisait. D'autre part, il voulait que les Hawâzin soient un gain pour l'islam. Il ne fallait donc pas leur donner de raison de se plaindre des musulmans. Il annonça par conséquent aux musulmans : « Ceux d'entre vous qui tiennent à conserver leur droit recevront à la place de ce qu'ils ont maintenant six parts du premier butin de guerre que nous obtiendrons. »

La compensation était plus que généreuse, et tous ceux qui avaient refusé de renoncer à leur part des femmes et enfants des Hawâzin captifs furent heureux d'accepter cet échange. Toutes les femmes et tous les enfants des Hawâzin furent donc libérés et rendus à leur tribu. Ce geste contribua grandement à réconcilier les Hawâzin et les encouragea dans leur détermination à être musulmans.

Ceux qui avaient fait partie de l'armée musulmane au siège de Tâ'if étaient impatients de voir le butin partagé. Cependant, la libération des captifs des Hawâzin suscita chez bon nombre d'entre eux, en particulier ceux qui appartenaient aux tribus bédouines ou qui avaient récemment adhéré à l'islam, la crainte de voir les biens des Hawâzin leur être aussi rendus. Certains allèrent trouver le Prophète pour réclamer avec insistance qu'il partage le butin. Or, le Prophète avait certaines idées quant à la manière dont le butin devait être réparti.

Rappelons que quelques semaines seulement s'étaient écoulées depuis que les musulmans avaient pris La Mecque. Bien que de nombreux Mecquois soient devenus musulmans, on ne pouvait s'attendre à ce que vingt ans d'hostilité fassent place du jour au lendemain à l'amour et à la compassion. Il voyait donc dans les biens gagnés à Hunayn l'occasion de contribuer à ce processus en effaçant les traces de l'hostilité passée.

Abu Sufyân ibn Harb, le chef mecquois qui, des années durant, avait dirigé les tentatives des Quraysh pour écraser l'islam et qui n'avait que récemment adhéré à l'islam, vint trouver le Prophète alors qu'il avait devant lui tout l'argent plus de quatre mille onces - gagné à Hunayn. Abu Sufyân regarda l'argent et dit : « Messager de Dieu, tu es devenu le plus riche des Quraysh. » Le Prophète sourit. Abu Sufyân poursuivit : « Donne-m'en un peu, Messager de Dieu. »

Le Prophète se tourna vers Bilâl, qui lui servait souvent de trésorier, et lui dit : « Bilâl, pèse quarante onces d'argent pour Abu Sufyân et donne-lui cent chameaux. » Abu Sufyân fut satisfait, mais voulut gagner davantage. Il dit au Prophète : « Et mon fils, Yazîd ? » Le Prophète dit à Bilâl : « Pèse quarante onces d'argent pour Yazîd et donne-lui cent chameaux. » Abu Sufyân insista encore : « Et mon fils Mu'âwiya, Messager de Dieu ? » Le Prophète dit alors à Bilâl de peser aussi quarante onces d'argent pour Mu'âwiya et de lui donner cent chameaux. Abu Sufyân était enchanté. Il dit au Prophète : « Tu es vraiment très généreux, toi pour qui je donnerais mon père et ma mère. Je t'ai combattu et tu étais le plus honorable des ennemis ; j'ai fait la paix avec toi et te voilà le meilleur des amis. Puisse Dieu te récompenser de Ses meilleurs bienfaits. »

Le Prophète donna aussi cent chameaux chacun à un certain nombre d'autres personnages : Hakîm ibn Hizâm, al-Hârith ibn Kilda, Alqama ibn 'Allâdha, al-'Alâ' ibn Hâritha, al-Hârith ibn Hishâm, Jubayr ibn Mut'im, Suhayl Ibn Amr, Huwaytib ibn Abd al-'Uzzâ, 'Uyayna ibn Hisn et al-Aqra' ibn Hâbis.

Certains récits rapportent également qu'il aurait donné cent chameaux à Safwân Ibn Umayya : il lui donna en réalité trois cents chameaux répartis en trois fois. Le Prophète le regarda et vit qu'il regardait une terre où étaient gardés du bétail et des moutons. Il lui demanda : « Tu aimes cette terre, Abu Wahb ? » Safwân dit : « Oui. » Le Prophète dit alors : « Elle est à toi, avec tout ce qu'elle contient. » Safwan dit : « Les rois ne font pas de cadeaux aussi volontiers. Personne d'autre qu'un prophète ne peut donner aussi généreusement. Je témoigne qu'il n'y a pas d'autre divinité que Dieu et que tu es le Messager de Dieu. »

Le Prophète donna aussi à al-'Abbâs ibn Mirdâs moins de cent chameaux. Cela ne plut pas à ce dernier qui, étant doué en poésie, exprima son sentiment en quelques vers. Le Prophète augmenta alors son cadeau pour le rendre équivalent à celui des autres. Il faut noter ici qu'al-'Abbâs ibn Mirdâs était déjà musulman avant la conquête de La Mecque. C'est peut-être pour cette raison que le Prophète lui avait donné moins qu'aux autres, ceux qui avaient reçu des cadeaux importants étant de nouveaux musulmans ou des dignitaires non musulmans.

Pour rapprocher les coeurs

On apprit bientôt dans toute la région que Muhammad distribuait des cadeaux importants aux chefs de tribus. Les gens accoururent de toutes les tribus et de tous les clans pour avoir leur part. Chacun avait sa requête particulière. Des bédouins entourèrent le Prophète et lui dirent : « Messager de Dieu, divise ton butin entre nous. » Ils étaient plusieurs à se presser autour de lui. Il s'approcha d'un arbre et l'un de ses vêtements se défit. Il leur dit : « Rendez-moi mon vêtement. Par Celui qui tient mon âme en Son pouvoir, si j'avais autant de bêtes qu'il y a d'arbres à Tihâma (une grande région d'Arabie) je les partagerais entre vous sans rien vous refuser. Vous ne me trouveriez ni avare, ni lâche, ni menteur. »

Puis il prit un poil de chameau et le tint entre deux doigts en disant : « Rien de votre butin ne m'appartient, pas même ce poil, à part le cinquième, et ce cinquième vous est rendu. » C'était là une allusion à la prescription divine selon laquelle les butins de guerre gagnés par les musulmans doivent être divisés en deux parties, un cinquième revenant à l'État tandis que le reste est partagé entre les soldats.

La conséquence de cette répartition du butin fut que les ennemis d'hier et les hommes qui avaient fui devant l'ennemi au début de la bataille de Hunayn reçurent les parts les plus importantes. Le Prophète n'attachait pas d'importance aux richesses matérielles, qu'il considérait comme dérisoires. Cependant il était important de gagner ces gens à l'islam pour que l'islam puisse s'ancrer fermement dans le reste de l'Arabie. Ils ne devaient pas demeurer incertains. Le Prophète était conscient que beaucoup de gens seraient séduits par l'appât du gain.

Ils avaient besoin d'être encouragés et de savoir que leur adhésion à l'islam n'entraînerait pas de pertes matérielles. Ces gens n'appartenaient pas à la catégorie d'hommes qu'étaient les muhâjirûn et les ansâr, qui croyaient à la cause de l'islam et étaient toujours prêts à la défendre au prix de leur vie. Comment un homme comme Abu Sufyân, qui la veille encore était un ennemi juré de l'islam, aurait-Il pu en accepter le message et être prêt à le défendre, si la perte de son statut de chef n'avait pas été compensée par d'autres gains ? Cette division du butin de guerre avait pour objet de gagner à la cause de l'islam des personnes influentes et de haut rang, afin que l'islam ne reste pas confiné à Médine.

C'était un exercice de conquête des coeurs. Safwân ibn Umayya devait dire plus tard : « Le Messager de Dieu était l'homme que je détestais le plus, mais il me donna tellement du butin de la bataille de Hunayn que je me mis à l'aimer plus qu'aucune créature au monde. » Si cette distribution de cadeaux pouvait conduire à une telle transformation des sentiments et des passions, elle était bien réalisée dans un bon objectif.

Un homme aussi influent que Safwân ibn Umayya était un gain important pour l'islam. Ce n'était pas cher payer pour obtenir son attachement sincère. Cependant, l'objectif de cette répartition du butin n'apparaissait pas clairement à tout le monde, bien que Dieu ait mentionné « ceux dont les coeurs sont à gagner » parmi les huit catégories de bénéficiaires de la zakât. Certaines personnes firent des remarques très désagréables à propos de cette distribution du butin.

Quelqu'un alla jusqu'à dire : « Cette répartition est injuste. Elle n'a pas été faite pour Dieu. » Le Prophète fut très fâché lorsqu'il apprit cela. Il dit : « Qui est juste si Dieu et Son messager ne le sont pas ? Que Dieu fasse miséricorde à Moïse : il a subi de pires insultes et les a supportées patiemment. »

Le reste du butin fut partagé entre les soldats. Chaque fantassin reçut quatre chameaux et quarante moutons, tandis qu'un cavalier recevait trois fois plus, selon la répartition habituelle des butins de guerre. Cependant, les cadeaux importants reçus par les ennemis de la veille causèrent le plus de mécontentement.

Il faut garder à l'esprit que ces cadeaux furent faits publiquement. Ils n'avaient rien de secret. Il était donc inévitable qu'ils suscitent des réactions diverses chez différentes personnes. Il était clair qu'aucun des ansâr, pas plus les chefs que les membres ordinaires du groupe, n'avait reçu de cadeau particulier. Une telle omission ne pouvait être un simple oubli de la part du Prophète . Les chefs des ansar lui étaient très proches. Il n'était donc pas étonnant que certains d'entre eux soient peinés. Il y avait même parmi eux des murmures de mécontentement.

Abu Sa'îd al-Khudrî, un jeune compagnon du Prophète appartenant aux ansâr, a relaté : « Quand Dieu et Son messager donnèrent ces généreux présents à des gens de Quraysh et d'autres tribus arabes tandis qu'aucun des ansâr n'en recevait de pareils, les ansâr se sentirent délaissés. Les remarques de mécontentement étaient fréquentes. Certains disaient : "Le Messager de Dieu a retrouvé les siens", sous-entendant qu'il avait oublié ses fidèles partisans. »

Des partisans mécontents

Sa'd ibn 'Ubâda, le chef des ansâr, alla trouver le Prophète et lui dit : « Messager de Dieu, ces clans des ansâr ont été blessés par ton action. » Le Prophète demanda : « Quelle action ? » Sa'd répondit : « La manière dont tu as réparti le butin de guerre entre tes contribules et d'autres tribus arabes. Personne des ansâr n'a reçu de tels cadeaux. » Le Prophète, voulant prendre la mesure de ce mécontentement, demanda à Sa'd : « Et toi, qu'en penses-tu ? » Sa'd répondit : « Je ne suis qu'un membre de ma tribu. » Le Prophète lui demanda donc de rassembler ses concitoyens à proximité et de l'informer lorsqu'ils seraient rassemblés.

Quand tous furent présents, Sa'd alla trouver le Prophète et lui dit : « Messager de Dieu, les ansâr se sont rassemblés là où tu m'as demandé de les rassembler pour toi. » Le Prophète alla les trouver et s'adressa à eux, après avoir loué et glorifié Dieu comme il se doit. Il leur dit : « Gens des ansâr, quelles sont ces paroles qui m'ont été rapportées ? Qu'est-ce qui vous chagrine ? Ne suis-je pas venu à vous quand vous étiez égarés, et Dieu ne vous a-t-Il pas guidés dans le droit chemin ? Ne vous ai-je pas trouvés pauvres, et Dieu ne vous a-t-Il pas comblés de Ses richesses ? Ne vous ai-je pas trouvés en guerre, et Dieu n'a-t-Il pas uni vos coeurs ? » Ils répondirent : « Oui, certes. Nous avons été comblés de grands bienfaits par Dieu et Son messager. »

Le Prophète leur demanda ensuite : « Pourquoi ne me répondez-vous pas, gens des ansâr ? » Ils dirent : « Comment te répondre, Messager de Dieu ? Notre dette est immense envers Dieu et Son messager. » Le Prophète leur dit alors :

Vous pouvez, si vous le voulez, dire ce qui est vrai et que les gens croiront : « Tu es venu chez nous quand les gens refusaient ton message, et nous l'avons accepté. Tu étais rejeté, sans soutien, chargé d'un lourd fardeau quand tu es venu chez nous, et nous t'avons accueilli et soutenu et avons aussi allégé ta charge. »

Gens des ansâr, êtes-vous peinés à cause d'une futilité de ce bas monde que j'ai distribuée à certains afin de gagner leur coeur à l'islam tout en vous laissant ne compter que sur votre foi ? N'êtes-vous pas satisfaits, gens des ansâr, que certains repartent chez eux avec des moutons et des chameaux tandis que vous repartez avec le Messager de Dieu ? Par Celui qui détient l'âme de Muhammad en Son pouvoir, n'était-ce mon émigration, j'aurais été l'un des ansâr. Si tout le monde partait d'un côté et que les ansâr partaient de l'autre, je partirais du côté des ansâr. Seigneur, comble de Ta miséricorde les ansâr, les enfants des ansâr et les enfants de leurs enfants.

Lorsqu'ils entendirent le Prophète parler ainsi, ils se mirent à pleurer. Ils étaient si touchés que les larmes mouillaient leur barbe. Ils dirent : « Nous sommes satisfaits d'avoir comme part le Messager de Dieu. »

Voilà encore une autre leçon apprise du Prophète. Elle montre l'immense différence entre l'islam en tant que message et toute autre théorie ou philosophie : si les ansâr avaient été les adeptes ou les défenseurs d'une autre foi ou philosophie quelconque, et s'ils avaient sacrifié pour elle tout ce qu'ils avaient sacrifié de bon coeur pour l'islam, ils auraient pu se révolter en voyant le Prophète leur refuser ce que tous auraient considéré comme leur juste récompense. Après tout, ils étaient ceux qui avaient consenti de bon coeur, à de multiples reprises, tous les sacrifices qu'on leur demandait afin d'aboutir au résultat finalement obtenu avec la conquête de La Mecque et la victoire de Hunayn.

Or, au moment même de ce triomphe, on leur refusait les fruits de leurs efforts - ou telle était l'impression qu'on aurait pu avoir en considérant la situation dans une perspective étroite. Pourtant, rien n'avait été refusé aux ansâr. À aucun moment il n'avait été, question de gains matériels dans l'accord passé avec le Prophète neuf ou dix ans auparavant, lorsqu'ils lui avaient prêté serment d'allégeance à al-Aqaba. À l'époque, ils avaient demandé au Prophète quelle serait leur récompense s'ils lui offraient le soutien dont il avait besoin, quand bien même il leur faudrait combattre le monde entier. Sa réponse avait été : « Le Paradis. » Il ne leur avait promis aucun bien de ce monde. Ils ne devaient donc rien espérer.

Al-Bukhârî rapporte d'après Amr ibn Taghlib : « Le Prophète donna d'importants cadeaux à certaines personnes sans en donner à d'autres. Certains en furent peinés. Il dit alors : "Je donne des cadeaux à certains parce que je crains qu'ils ne soinet ébranlés. Pour d'autres, je fais confiance au bien et à la richesse que Dieu a placés dans leur coeur. Parmi ceux-là figure Amr ibn Taghlib." » Amr a dit : « Je n'échangerais pas cette parole du Prophète contre le monde entier. »

Quand le Prophète eut fini de distribuer le butin de guerre, il se mit en état de sacralisation afin d'accomplir la umra. Autre chose devait bientôt satisfaire les ansâr. Quand le Prophète eut accompli la umra et que tous les problèmes eurent été résolus, les ansâr murmurèrent entre eux : « Maintenant que Dieu a donné à Son messager sa propre terre et sa propre ville, pensez-vous qu'il va s'installer ici ? »

À ce moment, le Prophète priait au sommet de la colline d'as-Safâ. Sa prière terminée, il demanda aux ansâr ce qu'ils avaient dit. Ils ne voulurent d'abord pas le lui répéter, puis comme il insistait, ils exprimèrent leur crainte de le voir s'installer à La Mecque. Il répondit : « Loin de moi cette idée. Ma vie est avec vous et ma mort sera parmi vous. » Ils furent très heureux d'être ainsi rassurés. Cela montrait que les liens tissés entre les muhâjirûn et Médine étaient bien plus forts et plus profonds que même les souvenirs nostalgiques de la plus chère des patries.

Puisque les habitants de La Mecque n'avaient que récemment adhéré à l'islam, le Prophète chargea son compagnon Mu'adh ibn Jabal, l'un des ansâr, de leur enseigner le Coran et la Sunna. Il nomma aussi Attâb ibn Usayd gouverneur de La Mecque. Attâb était un jeune homme de vingt ans à peine, mais il avait déjà fait la preuve de son aptitude au commandement. Il était courageux, doué d'une intelligence naturelle et ne considérait pas sa charge comme un moyen de s'enrichir.

Le Prophète avait fixé son salaire à seulement un dirham par jour. Attâb s'en satisfaisait tout à fait ; il disait : « Celui qui a encore faim quand on lui donne un dirham ne cessera jamais d'avoir faim. Le Prophète m'a donné un dirham par jour : cela signifie que je n'ai besoin de rien d'autre de la part de quiconque. »

Le Prophète retourna ensuite à Médine avec les muhâjirûn et les ansâr.