Le Sceau des Prophètes

Muhammad, Homme et Prophète (Muhammad : Sceau des prophètes)

Muhammed
Sceau des Prophètes

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La vie de Muhammad

La vie de Muhammed

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Des personnages marquants

 

Le Prophète et ses compagnons repartaient pour Médine après presque trois mois d'absence. C'était le mois de dhûl-hijja, le dernier mois de la huitième année après l'établissement du Prophète à Médine. Il avait entrepris son voyage au mois de ramadan de la même année. Ces trois mois avaient vu une modification radicale de la situation en Arabie. La Mecque, qui était le centre de ralliement le toutes les tribus et de toutes les forces opposées à l'islam en Arabie, était rapidement en train de devenir une base solide pour la religion de Dieu.

La grande tribu des Hawâzin, qui avait repris le flambeau de l'opposition à l'islam, s'était aussi ralliée au camp musulman. Les musulmans avaient laissé Tâ'if gérer ses affaires puisque, dans la nouvelle configuration des forces, les Thaqîf, la grande tribu arabe dont cette ville était le centre, étaient devenus insignifiants. Aucune tribu ni aucun groupe en Arabie ne pouvait plus remettre en question la suprématie des musulmans.

L'arrivée du Prophète à Médine était cette fois-ci très différente de son émigration dans cette ville huit ans auparavant. Comme alors, il arrivait à Médine en venant de la ville où il était né et avait vécu plus de cinquante ans. La première fois, il était arrivé avec Abu Bakr, son seul compagnon lors de ce voyage. Il était poursuivi par les Arabes et sa tête était mise à prix. Il était un étranger dans sa ville d'adoption et commençait une nouvelle vie où l'avenir était incertain.

Il avait été bien reçu par les habitants de Médine, qui lui avaient offert leur soutien inconditionnel et l'avaient aidé envers et contre tous, suivant son enseignement et se soumettant à son autorité. Maintenant, huit ans plus tard, il retournait à Médine en maître incontesté de toute l'Arabie. Ce revirement spectaculaire n'avait toutefois rien changé à la personnalité du Prophète. Il n'en était que plus généreux encore envers ses compagnons et plus humble dans sa gratitude envers Dieu pour les bienfaits dont Il l'avait comblé.

'Adi Ibn Hatim, le Notable

Après le retour du Prophète et de ses compagnons à Médine, il se passa une période de six mois où les importantes avancées qu'avait connues l'islam furent consolidées. Ces six mois furent une période essentiellement pacifique, au cours de laquelle le Prophète n'envoya en expédition que quelques petites troupes dans le but soit d'inciter certaines tribus à rejoindra le camp des musulmans, soit de détruire certaines idoles célèbres.

L'une de ces idoles, du nom d'al-Fuls, était adorée par la tribu arabe des Tayy. Une troupe de cent cinquante hommes des ansâr se mit en route pour le district des Tayy au mois de rabî' al-awwal, trois mois après le retour du Prophète à Médine, sous le commandement de 'Alî ibn Abî Tâlib. Ces hommes parvinrent à détruire et brûler l'idole et à prendre un certain nombre de prisonniers y compris des femmes, ainsi que du bétail et de l'argent.

Parmi les captifs se trouvait une femme nommée Sufâna bint Hâtim. Son père avait acquis une grande réputation comme l'homme le plus généreux d'Arabie. Le fils de celui-ci, 'Adî ibn Hâtim, était le chef de son peuple. Il était parvenu à fuir avant l'arrivée de la troupe musulmane. Le récit qu'il a donné de sa fuite et des événements qui suivirent est très intéressant :

Peut-être personne en Arabie ne détestait-il le Messager de Dieu comme je le détestais. J'étais un homme de lignée noble, de religion chrétienne, et j'appliquais la règle qui m'accordait le quart de tous les butins de guerre gagnés par ma tribu. [Cette pratique était appliquée par les chefs tribaux qui jouissaient d'une autorité incontestée parmi leurs contribules.] Cela signifiait que j'avais ma propre religion et que j'étais le véritable roi de mon peuple. Quand j'entendis parler du Prophète , je le détestai. Je dis à mon berger, qui était un bon bédouin : « Prépare-moi quelques robustes chameaux, bons pour le voyage, et tiens-les prêts. Si tu apprends qu'une armée envoyée par Muhammad s'approche de chez nous, dis-le moi tout de suite. »

Peu de temps après, mon berger vint me dire : « 'Adî, ce que tu comptais faire quand les cavaliers de Muhammad arriveraient, commence à le faire maintenant. J'ai vu des drapeaux, et quand je me suis renseigné, on m'a dit qu'il s'agissait d'une armée appartenant à Muhammad. »

Je lui dis de préparer les chameaux et je quittai les lieux avec mes femmes et mes enfants, ayant décidé de rejoindre mes coreligionnaires en Syrie. Je laissai cependant avec la tribu l'une de mes soeurs. J'arrivai en Syrie et m'y installai. Peu après mon départ, les forces du Prophète attaquèrent notre district et emmenèrent ma soeur parmi les captifs. Tous furent conduits auprès du Prophète ; on l'informa également de ma fuite en Syrie. Ma soeur était gardée dans un lieu clos à la porte de la mosquée, avec d'autres captifs.

C'était une femme intelligente. Un jour, comme le Prophète passait près d'elle, elle lui parla : « Messager de Dieu, mes parents sont morts et mon tuteur a disparu. Sois généreux envers moi, puisse Dieu être généreux envers toi. » Il lui demanda qui était son tuteur et elle répondit : « 'Adî ibn Hâtim. » Il demanda : « Celui qui a fui Dieu et Son messager ? » (La suite du récit est relatée par Sufâna.)

Le Prophète me laissa où jetais après avoir dit cela. Le lendemain, il passa à nouveau près de moi : je répétai ce que je lui avais dit la veille, et il répéta également ce qu'il m'avait dit. Un autre jour arriva et le Prophète passa encore, mais j'avais perdu espoir. Un homme marchant derrière lui me fit cependant signe de lui parler. Je le fis donc, sollicitant à nouveau sa générosité. Le Messager de Dieu dit : « Je t'accorde la liberté. Cependant, ne pars pas à la hâte avant que des gens de confiance de ton peuple ne viennent te chercher et que tu ne sois sûre qu'ils te ramèneront chez toi. Quand ces gens viendront, fais-le moi savoir. »

Je demandai qui était l'homme qui m'avait fait signe et j'appris que c'était 'Alî ibn Abî Tâlib. Je restai à Médine jusqu'au passage d'une caravane de la tribu de Baliy ou de Qudâ'a. J'avais décidé de partir rejoindre mon frère en Syrie. Quand j'appris l'arrivée de cette caravane, j'allai trouver le Prophète et lui dis : « Messager de Dieu, des gens de mon peuple en qui j'ai confiance sont arrivés. » Le Prophète me donna de bons vêtements et un chameau, ainsi que de l'argent. Je voyageai avec eux jusqu'en Syrie.

(Le récit est repris par 'Adî.) J'étais assis en compagnie de ma famille quand une femme approcha, nous regardant. Je me dis : « La fille de Hâtim ! » Quand elle fut plus près, je la reconnus. En arrivant, elle commença à m'invectiver pour l'avoir laissée en arrière : « Quel homme méchant et sans pitié ! Tu as emmené tes femmes et tes enfants et tu as laissé ta propre soeur derrière toi. » Je répondis : « Chère soeur, ne m'insulte pas. Je n'ai pas d'excuse. J'ai certes agi comme tu le dis. » Elle se joignit à nous et resta avec nous.

Je m'aperçus qu'elle était une femme perspicace et clairvoyante. Un jour, je lui demandai son opinion au sujet du Prophète . Elle dit : « Je pense que tu ferais bien de le rejoindre le plus tôt possible. Si cet homme est vraiment un prophète, plus tôt tu le rejoindras, mieux cela vaudra pour toi. S'il n'est qu'un roi, tu ne subiras aucun mal en le rejoignant, vu ta position et ta personnalité. » Je répondis : « Voilà assurément un bon conseil. » Peu après, je me rendis à Médine. J'allai trouver le Prophète dans sa mosquée. Quand je le saluai, il me demanda mon nom et je répondis :

« 'Adî ibn Hâtim. » Alors, il se leva et m'emmena chez lui. Comme nous nous y rendions à pied, une femme âgée et faible l'arrêta. Il resta un long moment debout avec elle pendant qu'elle lui expliquait ce qu'elle voulait. Je me dis : « Il n'est certainement pas un roi. » Puis il me fit entrer chez lui, me donna un coussin et me dit de m'y asseoir. Je dis : « Non, assieds-toi plutôt. » Il dit : « Il est pour toi. » Je m'assis sur le coussin tandis qu'il s'asseyait par terre. Je me dis à nouveau : « Il n'est certainement pas un roi. »

Il me dit ensuite : « Dis-moi, 'Adî ibn Hâtim, n'étais-tu pas rakûsî [adepte d'un culte intermédiaire entre le christianisme et la religion des adeptes de Zacharie] ? » Je répondis que oui. Il me demanda alors : « Mais malgré cela tu prenais pour toi le quart des butins de guerre gagnés par ton peuple ? » Je répondis encore que oui. Il ajouta : « Mais c'était interdit selon ta religion. » Je répondis : « C'est vrai. » Je sus alors qu'il était un prophète envoyé par Dieu, car il savait ce que tout le monde ignorait.

Le Prophète me dit alors : « 'Adî, tu hésites peut-être à embrasser cette religion parce que tu vois que ses adeptes sont pauvres. Par Dieu, dans très peu de temps, ils auront tant d'argent qu'il n'y aura personne pour le prendre. Peut-être est-ce le nombre de leurs ennemis qui te retient, mais ils sont peu nombreux. Par Dieu, dans peu de temps, tu entendras dire qu'une femme voyage seule sur son chameau de Qâdisiyya [en Irak] jusqu'à la mosquée de La Mecque, sans avoir rien à craindre.

Peut-être hésites-tu à embrasser l'islam parce que tu vois que le pouvoir et les royaumes appartiennent à d'autres. Par Dieu, il ne se passera pas longtemps avant que tu n'apprennes que les palais blancs de la terre de Babylone sont entre leurs mains. » En entendant ces mots, je déclarai ma conversion à l'islam.

Plus tard, 'Adî disait : « Deux prophéties se sont réalisées, et une n'est pas encore réalisée : je jure par Dieu qu'elle le sera. J'ai vu de mes propres yeux les palais blancs de Babylone tomber entre les mains des musulmans, et j'ai vu des femmes voyager seules depuis Qâdisiyya pour accomplir le pèlerinage à La Mecque sans avoir à ne craindre personne. Par Dieu, une troisième prophétie s'accomplira : l'argent sera offert en abondance et personne ne le prendra. »

Cette troisième prophétie devait en effet se réaliser quelques années plus tard, à l'époque de 'Umar ibn al-Khattâb, le second calife. Selon un récit authentique, Mu'âdh ibn Jabal avait été nommé gouverneur du Yémen. Il envoya à 'Umar une partie de l'aumône collectée au Yémen. 'Umar objecta et lui écrivit : « Je ne t'ai pas envoyé collecter des impôts. Je t'ai seulement demandé de collecter la zakât auprès des riches et de la redistribuer aux pauvres du Yémen. »

Mu'âdh répondit : « Je ne t'ai rien envoyé que quelqu'un aurait voulu prendre. » L'année suivante, Mu'âdh lui envoya la moitié de l'aumône collectée au Yémen. Un échange semblable eut lieu entre eux. La troisième année, Mu'âdh envoya à 'Umar tout le produit de l'aumône et comme 'Umar objectait, il lui répondit : « Je n'ai trouvé personne pour recevoir la zakât. » Les historiens ont aussi relaté qu'à l'époque de 'Umar ibn 'Abd al-'Azîz, les gens apportaient leur zakât au marché et ne trouvaient personne pour la prendre.

Le Prophète accorda une importance particulière à un groupe de personnes tout en continuant à transmettre son message à la population d'Arabie et à l'humanité en général. Ces personnes étaient les poètes. A l'époque, les poètes possédaient en effet un statut très élevé en Arabie. Dans une nation connue pour son illettrisme mais aussi, paradoxalement, pour son éloquence, les poètes étaient particulièrement honorés. Une tribu qui ne possédait pas un bon poète ne pouvait défendre sa cause sur la scène arabe. Un poète était en effet le porte-parole de son peuple.

Il chantait ses louanges et attaquait ses adversaires, les couvrant d'insultes qui leur attiraient souvent le mépris des autres Arabes. Les historiens comparent le rôle joué par les poètes dans cette société à celui joué de nos jours par nos médias. Comme la guerre entre l'islam et l'idolâtrie se poursuivit des années durant, les poètes y jouèrent un rôle important. Les idolâtres possédaient un certain nombre de poètes qui ne cessaient d'insulter le Prophète et ses compagnons et de dire du mal de la religion musulmane. Le camp musulman avait lui aussi ses poètes.

Les plus distingués étaient Hasân ibn Thâbit, qui avait acquis le titre de « poète du Prophète », Ka'b ibn Mâlik et 'Abdullâh ibn Rawâha. De nombreux poètes répondirent favorablement à l'appel de l'islam quand il leur parvint. Ceux qui prenaient part à la bataille verbale aussi bien qu'à la lutte armée étaient cependant moins réceptifs. C'est tout à fait compréhensible, puisqu'ils étaient en quelque sorte les porte-parole du camp des négateurs. Il fallait qu'ils réfléchissent afin d'effectuer un choix raisonné entre l'islam et leurs croyances païennes.

Chaque fois que quelque chose se passait entre les deux camps, ils devaient commenter les événements sous forme poétique, en argumentant leur position et en faisant toute la propagande possible. Ils étaient donc beaucoup plus engagés dans la bataille que le simple soldat. La chute des Quraysh et leur ralliement à l'islam mettaient ces poètes, en tant qu'individus, face à un dilemme. Ils ne pouvaient pas changer de camp du jour au lendemain. Beaucoup d'entre eux prirent donc la fuite.

'Abdullâh ibn Ziba'râ, l'un des meilleurs poètes des Quraysh qui avait été leur porte-parole pendant des années, s'enfuit à Najrân. Hasân l'attaqua dans un seul vers qui suffit à lui faire reconsidérer sa position et comprendre qu'il ne pouvait que se soumettre à l'islam, la parole de vérité. Il revint donc et alla trouver le Prophète, lui déclarant son repentir dans quatre de ses plus beaux vers. Comme à son habitude, le Prophète lui pardonna.

Ka'b Ibn Zuhayr, le Poète

L'un de ces poètes était Ka'b ibn Zuhayr, qui appartenait à une famille de nombreuses générations de poètes et avait défendu la cause des Quraysh dans ses poèmes des années durant. Son frère, Bujayr ibn Zuhayr, qui était aussi un très bon poète, était musulman. Leur père, Zuhayr ibn Abî Sulmâ, est encore étudié de nos jours dans les écoles et universités du monde arabe comme l'un des plus grands poètes de l'époque préislamique.

Après la chute de La Mecque aux mains des musulmans, Ka'b se cachait. Il parvint à envoyer à son frère Bujayr un message en cinq vers lui demandant conseil et exprimant son étonnement devant la manière dont il s'était rallié à l'islam, adoptant ainsi des valeurs morales inconnues de ses parents. C'était là un point important pour les idolâtres, qui trouvaient trop difficile de rompre avec les traditions. Dans ce court poème, Ka'b appelait le Prophète « digne de confiance ».

Quand Bujayr reçut le message, il ne put le dissimuler au Prophète . Il alla trouver ce dernier et lui récita le poème. Le Prophète aurait commenté ainsi sa propre description : « Il a dit la vérité, bien qu'il soit un menteur avéré. Je suis assurément digne de confiance. » Il dit également : « Il est bien vrai que les valeurs morales de l'islam n'étaient pas connues de ses parents. » Nous n'avons toutefois aucun récit authentique de commentaires du Prophète au sujet de la position de Ka'b.

On sait que son frère, Bujayr, lui écrivit une réponse mêlant la poésie et la prose. Dans une forme comme dans l'autre, Bujayr expliquait que le Prophète avait tué certains de ceux qui l'avaient couvert d'insultes dans le passé ; ceux qui étaient encore en vie avaient dû fuir et se cacher. Il conseillait donc à son frère, pour échapper à ce sort, de se dépêcher de venir déclarer son repentir au Prophète. « Le Prophète n'a jamais tué quiconque était venu à lui en se repentant de ses erreurs passées, disait Bujayr. Si tu ne veux pas le faire, ta seule alternative est de fuir. »

Dans ses vers, Bujayr rappelait à son frère le Jour du Jugement et le fait que nul n'échapperait au châtiment s'il ne croyait pas en Dieu. Il ajoutait que lui même était croyant et que la religion de ses aïeux n'était plus rien pour lui. Lorsque Ka'b reçut le message de son frère, il se dit que sa situation était sans issue. Il ne savait que faire. Il consulta certains de ses proches, mais tous lui dirent qu'il ne tarderait pas à être tué. Tout le monde semblait s'attendre à ce que cela lui arrive. Cette situation le poussa toutefois à réfléchir de plus en plus au message de son frère.

Il réfléchit longuement à cette qualité du Prophète que nous avons vue en action à maintes reprises. Le Prophète ne tuait jamais ceux qui déclaraient leur repentir pour leur hostilité passée à l'islam, quels qu'aient pu être les crimes envers l'islam qu'ils avaient commis auparavant. On pense ici à Wahshî, qui avait tué Hamza l'oncle du Prophète, ou à Hind qui avait mutilé son corps. Quand ceux-ci étaient allés trouver le Prophète en déclarant leur repentir, il leur avait pardonné.

Ka'b avait dû entendre parler de leur cas ou d'autres semblables. Il comprit alors que la seule issue s'offrant à lui consistait à se rendre à son tour à Médine pour demander pardon au Prophète. Cela l'amena à réfléchir à la véritable nature de l'islam. Un homme aussi doué intellectuellement n'avait qu'à réfléchir en toute objectivité pour comprendre que l'islam était parole de vérité. Quand il l'eut fait, aucun doute ne subsistait quant à la voie à suivre.

Ka'b ibn Zuhayr voyagea en secret et parvint à pénétrer à Médine sans se faire remarquer. Il alla tout droit chez l'un de ses vieux amis, un membre de la tribu de Juhayna. Cet homme était bien sûr musulman. Le lendemain, Ka'b se rendit à la mosquée avec son ami musulman et participa à la prière de l'aube. La prière terminée, son ami lui désigna le Prophète et lui dit d'aller lui parler. Ka'b traversa la foule jusqu'au Prophète et, s'asseyant face à lui, lui dit : « Messager de Dieu, Ka'b ibn Zuhayr s'est repenti de tout ce qu'il a fait ou dit contre l'islam dans le passé. L'accepterais-tu et lui pardonnerais-tu s'il venait te déclarer son repentir ? »

Le Prophète répondit que oui. Il dit alors : « Je suis Ka'b ibn Zuhayr. » A ce moment là, un homme des ansâr bondit sur ses pieds et dit au Prophète : « Messager de Dieu, permets-moi de tuer cet ennemi de Dieu. » Le Prophète répondit : « Laisse le tranquille. Il est venu ici repentant, motivé par sa nouvelle foi. » C'est ainsi que Ka'b ibn Zuhayr rejoignit la communauté musulmane. Il représentait un acquis important pour la nouvelle communauté musulmane. Il récita au Prophète un long poème de sa composition.

Le poème suivait la forme traditionnelle des poèmes de l'époque, commençant par quelques vers évoquant l'amour d'une femme inconnue appelée Su'âd. Dans ce poème, Ka'b exprimait ses regrets pour son attitude passée et décrivait ses craintes lorsqu'il se cachait et le fait que beaucoup de gens considéraient qu'il ne manquerait pas d'être tué. Il exprimait aussi son espoir d'être pardonné et faisait l'éloge du Prophète et de ses compagnons, en particulier des muhâjirûn.

L'histoire de Ka'b ibn Zuhayr et celle de 'Adî ibn Hâtim nous donnent un aperçu de la manière dont l'islam progressait en gagnant le coeur d'individus importants, en même temps qu'il progressait grâce à ses succès sur le champ de bataille et dans les relations internationales. C'est maintenant sur cette dernière forme de progression que nous allons nous pencher.